Biographie

 Né en 1967 à Cleveland aux USA, H. Craig Hanna est un peintre New-Yorkais de formation – Fine Arts Syracuse University, Fine Arts School of Visual Arts , New-York Academy of Figurative Art.
Il expose son travail dès l’âge de 29 ans et très rapidement, ses oeuvres rencontrent un vif succès.
En 1998, un étage entier lui est réservé chez Bergdorf Goodman, puis il expose à Londres, à Hong-Kong, à Malte où il vécut une période de sa vie.
Il vit ensuite à Londres et expose actuellement à Paris où Laurence Esnol Gallery montre ses oeuvres en pernamence et en exclusivité mondiale.

Training

1998 New York ademy of Figurative Art, New York
1997 Assistant to David Salle, Bridge Hampton, New York
1997 Assistant to Ross Bleckner Bridge, Hampton, New York
1996 Master of Fine Arts, School of Visual Arts, New York
1991 Bachelor of Fine Arts, Syracuse University, New York

Collectionneurs

Sara Forestier, Actress Paris
Anne Benichou, Directrice de communication, Ritz, Paris
Bella Freud, Fasion Designer, London
Bonnie Fuller, Editor in Chief, YM Magazine, New York
Céline Tolédano, Directrice de collection, Rykiel, Paris
Claire van Cleave, Writer and Lecturer on Renaissance Art
Cynthia Rowley, Fashion Designer, New York
Drew Barrymore, Actress, Los Angeles
Samantha Kluge, Designer, Los Angeles
Sciascia Gambacini, Stylist, New York
Suzi Yalof, Editor, Glamour Magazine, New York
Bruno Solo, Actor, Paris
Chris Bailey, Fashion Designer, London
Declan Mc Cormick, Fashion Designer, Paris
Johan Lindeberg, Fashion Designer, London
Jonathan Dimbleby, Broadcaster, London
Kevin Spacey, Actor, London
Lars Nilsson, Fashion Designer, Paris
Marc Jacobs, Fashion Designer, Paris
Neil Le Bute Director/Writer New York
Paul Morrissey, Film Maker, Montauk, New York
Rafe Totengo, Designer, New York
Groucho Club, London
National Museum of the Fine Arts, Malta

 


Vingt portraits et je-ne-sais-quoi


 Au printemps, à Paris, pendant deux semaines, le monde du dessin est en effervescence. Amateurs, collectionneurs, marchands, conservateurs se retrouvent autour de Salons dédiés aux dessins, in et off. Cette année, le Slick dessin, campement éphémère de dix galeries françaises et internationales derrière la façade décrépie d'un vieil immeuble de la rue de Richelieu, présentait, parmi les dessins d'aujourd'hui, les œuvres d'un jeune artiste américain, new-yorkais de formation, anglais d'adoption, H. Craig Hanna.

Et maintenant ici, de lui, vingt portraits, avec un je-ne-sais-quoi de plus ou de moins.

Vingt portraits, dessinés, peints, portraits de femmes, portraits d'hommes, autoportraits, portraits de groupe en collectifs de solitude, de différents format, en pied, en buste, dans le miroir, sous différents angles, de différents tons, plus ou moins vêtus, tous ces portraits armés des mêmes qualités avec souvent une étrange addiction à une structure binaire, qui consiste à traiter de façon bien différente deux panneaux de bois verticaux qui constituent le support de l'image.

Craig Hanna oppose ou rapproche, on ne sait trop, peinture pure et description serrée de la figure. Le contrepoint peut jouer sur l'opposition d'un visage avec deux simples lignes parallèles, ou d'un corps nu avec une simple fleur devant les stries d'un panneau de bois, une matière que l'artiste laisse volontiers transparaître.

On sait bien que la peinture dans le siècle d'hier s'est crue tenue de choisir entre figure et abstraction, entre abstraction et de la figuration (jusqu'à l'illusion) et figures de l'abstraction (jusqu'aux vérités premières de l'aplat). Entre l'une et l'autre, comme quelques portraitistes anglais de nos jours, Stephen Conroy ou Bryan Organ notamment, Craig Hanna ne choisit pas : dans ce qu'il dessine ou peint, il y a l'aplat et la figure, l'ordre de la géométrie et le réel chaotique, le plan appliqué et le modèle modelé. Non, Craig Hanna ne choisit pas mais, comme personne, il tranche. Son partage organise une guerre froide entre l'un et l'autre. Ses portraits sont, avec naturellement ce qu'il faut de transgression d'un panneau à l'autre, des diptyques où, d'un côté, l'absolu d'une matière ou d'une couleur a pris la place du dieu des anciens et, de l'autre, la figure a perdu les mains de l'orant. Quel conflit pourrait être plus latent que celui de cette présence désincarnée à laquelle fait face, ou tourne le dos, le spécimen unique d'une humanité sans dévotion ? Serait-ce l'opposition du blanc et du noir qui se tournent le dos, qui nous tournent le dos, ou qui, dans un mouvement tout à la fois contraire et semblable, nous fait face ? Face ? C'est vite dit. Beaucoup des modèles de Craig Hanna sont de profil, en buste, cadrés de près, suivant l'antique formule que la Renaissance a pris soin d'employer pour fixer les effigies des princes, des condottieres ou des humanistes. Mais ses princes sont des princes de la rue ou des bureaux, brossés avec la crudité d'un Lucian Freud. La personnalité de chaque modèle – des hommes et des femmes plutôt jeunes, sans doute familiers du peintre – commande-t-elle la facture du panneau adjacent ? Peut-être, car la correspondance entre les deux semble déterminée et diffère d'un visage à l'autre. Quoiqu'il en soit, les profils, souvent, presque toujours, s'obstinent à s'échapper du fond préparé pour eux : paysage, panneau de boiserie, azur aulique, ligne d'appui ou d'horizon, tenture géométrique ou simple drap. Ils sortent du cadre, s'évadent et finissent par être singulièrement déplacés. Le modèle devient étranger, l'état de lieux ne le concerne plus. Quand le lieu subsiste. Après des siècles de symbolisme visible et de sens caché mis en évidence, d'attributs signifiants et de faire-valoir périphériques, la peinture de portrait avait besoin de ces figures in-situés, de ces nus détournés de la feuille de vigne, de ces personnes peintes parfois même en suspens au milieu de nulle part dont Gustav Klimt et Egon Schiele, il y a cent ans, avaient pressenti la nécessité. Pas de forêt, un arbre, pas de maison ni de chambre, un lit, pas de lit, un drap : toujours trop pu pour faire un lieu à l'homme dénudé par l'art même lorsqu'il paraît lourdement vêtu ou pris dans le réseau abstrait d'un décor quasi viennois. Voyez à la National Portrait Gallery de Londres, ce portrait d'homme assis, noir, engoncé dans sons manteau noir, c'est un peu le portrait de la mère de Whistler conservé au Musée d'Orsay, à Paris, mais c'est plus encore son sous-titre Arrangement en gris et noir. Ailleurs, un dos nu renvoie à une fleur, et une fleur aux nervures d'un panneau que n'aurait pas dédaigné Max Ernst dans ses frottages.

Nudités contrariées par les draps, mélancolie perdue dans l'oreiller, mais marquant au pli du livre les suspens de la lecture, les modèles de Craig Hanna, autres nous-même venus de loin et échoués là, attendent de ce jeune maître qu'il poursuive pour eux, pour nous, l'éternel tension de la peinture, l'éternel corps à corps de l'humanité et de ses plans.

Laurence Lhinares
Chargée de recherche pour le Musée du Louvre
et la Fondation Custodia, Paris.


Laurence Lhinares souhaite remercier Michèle Gardon, Dominique Cordellier
et Louise-Antoine Prat des conversations qu'elle a pu avoir sur l'œuvre de cet artiste.