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© Laurence Esnol Gallery

Julie de Pierrepont est née en 1985 à Séoul, en Corée du Sud. Elle arrive en France en 1986 et vit aujourd'hui à Caen en Normandie. Diplômée des métiers d’art de l’ESAA Duperré à Paris, elle travaille depuis 2006 à la série "Abysses" dont de nombreuses œuvres sont présentées dans cette exposition. 

Triton et Neptune entretiennent un curieux rapport. Comme on tirerait sur un fil pour ramener à soi le plan ou pour en troubler la bonace, Triton joue de sa corne afin que du plan marin émergent des formes ou bien pour que de ces formes la vanité soit soulignée dans le retour au plan marin. Il le fait sur ordre du père.

En somme, Neptune enjoint Triton de mettre à bas ce qu’il l’enjoint de mettre en œuvre.

Les formes émergent en effet d’une activité sourde des plans que porte au jour un trait tiré, un pincement, une piqûre, la rotation d’un tour, une façon.

 La forme naît chargée.

 Elle rompt le pacte d’unité en l’être en y imprimant un bouillonnement tempétueux.

Mais ce bouillonnement par quoi, du plan de l’être, s’extraie la forme, c’est l’effet de la charge séminale de ce plan.

 Le fil que l’on tire sur la toile brodée ne fait pas tant sourdre des formes que l’épiphanie, dedans ces formes, de la charge de la substance dont elles sourdent.

 Qu’on tire un fil dans l’obscure substance marine et voilà qu’émergent les bourrelets d’eau qui ne sont au fond rien tant que le signalement de l’unité impassible de l’obscur marin.

 Ainsi de ces formes virales, cellulaires, microbiennes, qui sont comme le résultat d’un fil tiré dans la physique, dans cette physique elle-même ôtée, soutirée à l’identité introuvable, infrangible, de l’unité de ce qui est sous la vague brodée.

Point de forme qui ne soit chargée, dans son élan même, de la substance des substances.

Point de forme, partant, qui ne souligne, dans l’obscénité même de son affranchissement glorieux, le viatique d’être à  quoi elle doit l’énergie superbe de son élévation et l’espérance du retour à soi.

Il ne faut voir en les formes, une fois le fil tiré qui fait que s’anime le plan, que le signalement d’un don généreux du plan, qui nourrit et qui tient la bride comme l’on va, la vague, la poupée, la larve ou le motif, feindre la distinction.

Tout est chargé, de ce qui est forme, de ce dont la forme prétend s’extraire afin qu’il y ait au monde une pullulation vaine de l’être.

Toute forme est monstration de soi et du même. Toute forme est densité d’être extraite pour du beurre à la densité d’être.

Point de forme qui ne soit grosse du même.

Point de grouillement, de bouillonnement, de frisson du plan qui ne soit encore du plan et qui n’en tire sa nourriture et sa densité charnelle.

L’œuvre de Julie de Pierrepont, que l'on exposera Galerie Laurence Esnol à partir du 8 décembre, met en scène cet étrange ballet de Neptune et Triton de façon singulièrement brillante.

L’on y croise une invraisemblable virtuosité dans l’accomplissement de l’abandon au formel, la révolution sur elles-mêmes des formes les plus amphigouriques, ourlées sur soi, réticulées comme pas une galaxie, une monadologie, une époustouflante sophistication où s'allient le ruissellement, le veinage, l’enroulement, les subdivisions les plus audacieuses, la boursouflure, l’érection, la tuméfaction, le fuseau, les bourses et leurs abolitions dans l’égaillement cellulaire.

L’on y croise la folle munificence de l’extraction formelle. Une façon de statuaire débarrassée de toute gourme et qui irait pulluler, grouiller, essaimer, faire déhiscence et comme se déliter mais se déliter non pas dans tel délitement morbide de la forme mais dans une forme survirile du délitement.

L’on y croise tout ce que le brodeur et Triton tirent du plan en y inventant un fil ou un cours absent.

 L’on y croise tout ce qui, issu du même, peut en annoncer la suprématie dans la formation de nœuds chargés de mêmeté et dérivant vers ce délitement où ils ne cessent d’être forme.

 Un fil, un cours est happé par le geste et voilà que le plan de mêmeté se membre, se vertèbre, s’ourle ; et voici que le membre rend du membre, la vertèbre une danse, l’ourlet de la fronce, la fronce un crachat, le crachat du globule…

 

L’œuvre de Julie de Pierrepont peut s’analyser comme cela, comme le produit d’une capacité vertigineuse de suscitation de la forme, d’un trait, d’un fil, d’un cours tiré, sur l’impassibilité sans circonscription d’un plan.

 Comme le produit d’un geste dont l’inadéquation à son résultat est celle-là même du geste de Triton. Un pincement de deux doigts, une traction douce et voilà que le plan est un monde où la cellule chatouille et contient la majesté de l’édifice.

 Mais elle est tout autre chose, aussi, tout autre chose, cette pratique.

 Car elle n’est nullement baroque, parce qu’elle est toujours destinée au soulignement de la substance, de l’épaisseur de la substance, de sa cuisse, de son cuir, de la charge de l’être, de cette charge, de cette chair primordiale, terminale, de cette chair de toujours, de cette chair, de ce lait ou de ce foutre d’être qui, infus dans le rigodon formel, en désignent l’appartenance fondamentale et le terme heureux, la « jonction ».

 Julie de Pierrepont fait aller une tempête, une animation tempétueuse, torrentueuse, du plan mais cette tempête, ce torrent sont désignation d’appartenance au plan séminal de l’être, ils ne valent pas tant comme formes que comme contours, comme contours annonciateurs du règne de la matière une des choses.

 L’on ferait erreur en n’observant cette oeuvre que depuis l’abondance de son tracé, de son sinus, de son portulan fous, depuis l’efflorescence délirante de la corruption en plein, façon vieux miroir, façon détraquement organique, germination d’ilots étranges, du plan dont il émane ; l’on ferait erreur en n’y observant que l’ouvrage formel en tant qu’il vaudrait purement pour soi.

 Parce que, si l’on y regarde bien, l’on verra en effet que tout ceci qui peuple les plans devant quoi Julie de Pierrepont nous en impose est gros de la matière dont il s’extraie comme pour danser un peu sa gigue mais d’une matière dont la danse est le même puisque, si erratique soit-elle, elle y ramène comme à la concentration éternelle et tranquille d’une force de toujours.

 Le luxe formel du travail de Julie de Pierrepont, tirant son vertigineux appareil de cet appareil même, me semble fait pour dire l’éminence austère et séminale de l’être.

 Pour qu’un monde dise un voyage, pour qu’un voyage dise une chair, une chair un sang, un sang un monde : pour que tout cela dise la charge de l’être en tout.

Ainsi Triton, cornant sur les flots, efface-t-il, afin qu’elle s’y reforme et sourie de son bon tour, la face infinie, la face éternelle de son maître.

 

Emmanuel Tugny

 

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La Mère 1 , 2012
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